mardi 8 octobre 2013

Quand je serai sans voix...

Quand je serai sans voix...
Je voudrais être pas tout à fait mort.
Ce serait pour un enterrement, une crémation, de la nourriture pour poissons méditerranéens, du recyclage alimentaire ou une benne à ordures.

Je voudrais être pas tout à fait mort.
Je veux voir qui sera là et quels souvenirs j'aurai laissé.
Ceux qui regrettent de ne pas m'avoir mieux connu (comme je les comprends)
Ceux qui pleurent accompagnés de larmes sincères ou de larmes de circonstance.
Les lunettes noires seront de rigueur, les Ray Ban auront fait leur temps laissant la place aux Gucci.

Je me souviens avoir régulièrement pleuré pour des décès (oui, j'ai la larme facile) et
les raisons en étaient multiples, parfois même surprenantes ou inavouables.

Celui ou celle qui partait emmenait un peu de mon histoire. Il ou elle en avait été un témoin ou un acteur et c'était une partie de mon récit qui s'en allait.
Le défunt ne m'avait pas rendu ce qu'il me devait et ma délicatesse, au vu des circonstances, m'empêchait de réclamer l'argent prêté à la famille
Il y avait ceux dont je me disais que j'aurai pu être à leur place. Le mauvais siège dans la voiture, le verre en trop, la maladie qui est allée voir l'autre, le préservatif qu'on a oublié,...
Les larmes des autres aussi. La tristesse des gens me rend très malheureux (je vous ai déjà dit que j'avais la larme facile), et puis, je suis bon public.

Et puis, la multiplicité des autres morts me rapproche, inéluctablement, de la mienne.
En réalité, j'en ai encore pour très longtemps, et, de surcroît et au désespoir de certains, je pense bien être centenaire...


mais quand je serai sans voix...

Laurent Geny

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