Aller-retour
Paris, sandwichs et cafés compris.
C'était une bonne occasion.
C'était gratuit.
Cathy,
cinq années de plus que moi, était une fille d'encartés de la
majorité présidentielle.
Elle
m'avait proposé de l'accompagner à Paris pour un meeting, sachant
que, du haut de mes presque dix-huit ans, je trouvais toutes les
expériences bonnes à vivre. Il est probable que sa proposition
recouvrait d'autres motivations.
Je
me définissais comme anarchiste sans réellement savoir ce que
c'était mais j'étais ouvert à tout et toutes, je ne voulais pas de
contraintes, j'aimais la liberté et le rock'n roll, ça me
paraissait suffisant pour être un libertaire !
Voilà
comment nous nous sommes retrouvés dans un bus spécial direction
Paris pour assister au meeting de Raymond Barre. Yeah, rock'n roll !
Franchement,
je n'ai pas fait l'unanimité dans le véhicule, j'ai du m'expliquer
tant bien que mal sur ma non-appartenance au mouvement, mais bon,
j'avais une bonne tête et j'avais un don puissant pour jouer le
naïf.
Cathy
et moi, nous n'avons pas assisté au spectacle, on a tourné dans
Paris, la plus belle ville du monde ! Sympa.
Trente
ans ont passé.
Il
est interdit d'en rire.
L'appauvrissement
des idées, le tout économique, le manque de vision à moyen et long
terme, l'inculture grandissante de nos politiques rendent nerveux.
Où
va-t'on si l'on ne peut plus rêver, rire et râler ?
Les
soutiens soutiennent fébrilement, ce n'est pas le moment d'échanger
mais de convaincre.
Les
directeurs de campagne deviennent irritables et paranoïaques, ce
n'est pas le moment de convaincre mais d'imposer.
Le
peuple frustré et en manque d'idoles politiques se répand sur les
réseaux sociaux qui véhiculent des propos qui exacerbent la
violence et le rejet de l'autre.
Les
désabusés se demandent comment il est possible que tu te laisses
embarquer dans telle liste.
D'autres
désabusés souhaitent accompagner le FN vers la victoire puisque les
autres ne font rien (parce que le problème c'est « les
autres » et que Marine elle a pas peur de dire les choses!)
Certains
te trouvent pas assez ou trop à droite ou à gauche et pensent que
tu es abusé, stupide ou décevant !
Et
tu es ou trop mou ou ton opinion est trop tranchée ou trop partisane
et tu ne vois donc pas la réalité !
Vient
le moment où « les désabusés » rencontrent « les
autres désabusés » et « ceux qui sont certains »
sont en discussion avec « ceux qui voient la réalité »,
et là, tu te demande ce que tu fais au milieu de cette bagarre et tu
regrettes la lutte des classes qui était autrement virulente et
sectorisante.
Heureusement,
ces dernières années, j'ai cultivé mon don pour la naïveté, et
j'ai développé celui de la pirouette, étant entendu que je suis
profondément pacifiste en certaines occasions...
Les
excursions en autocar sont difficiles au-delà de certaines opinions.
Laurent Geny