vendredi 28 février 2014

Difficile de garder ses amis en période électorale !



Aller-retour Paris, sandwichs et cafés compris. 
C'était une bonne occasion. C'était gratuit.
Cathy, cinq années de plus que moi, était une fille d'encartés de la majorité présidentielle.
Elle m'avait proposé de l'accompagner à Paris pour un meeting, sachant que, du haut de mes presque dix-huit ans, je trouvais toutes les expériences bonnes à vivre. Il est probable que sa proposition recouvrait d'autres motivations.
Je me définissais comme anarchiste sans réellement savoir ce que c'était mais j'étais ouvert à tout et toutes, je ne voulais pas de contraintes, j'aimais la liberté et le rock'n roll, ça me paraissait suffisant pour être un libertaire !
Voilà comment nous nous sommes retrouvés dans un bus spécial direction Paris pour assister au meeting de Raymond Barre. Yeah, rock'n roll !
Franchement, je n'ai pas fait l'unanimité dans le véhicule, j'ai du m'expliquer tant bien que mal sur ma non-appartenance au mouvement, mais bon, j'avais une bonne tête et j'avais un don puissant pour jouer le naïf.
Cathy et moi, nous n'avons pas assisté au spectacle, on a tourné dans Paris, la plus belle ville du monde ! Sympa.
Trente ans ont passé.

Il est interdit d'en rire.
L'appauvrissement des idées, le tout économique, le manque de vision à moyen et long terme, l'inculture grandissante de nos politiques rendent nerveux.
Où va-t'on si l'on ne peut plus rêver, rire et râler ?
Les soutiens soutiennent fébrilement, ce n'est pas le moment d'échanger mais de convaincre.
Les directeurs de campagne deviennent irritables et paranoïaques, ce n'est pas le moment de convaincre mais d'imposer.
Le peuple frustré et en manque d'idoles politiques se répand sur les réseaux sociaux qui véhiculent des propos qui exacerbent la violence et le rejet de l'autre.
Les désabusés se demandent comment il est possible que tu te laisses embarquer dans telle liste.
D'autres désabusés souhaitent accompagner le FN vers la victoire puisque les autres ne font rien (parce que le problème c'est « les autres » et que Marine elle a pas peur de dire les choses!)
Certains te trouvent pas assez ou trop à droite ou à gauche et pensent que tu es abusé, stupide ou décevant !
Et tu es ou trop mou ou ton opinion est trop tranchée ou trop partisane et tu ne vois donc pas la réalité !
Vient le moment où « les désabusés » rencontrent « les autres désabusés » et « ceux qui sont certains » sont en discussion avec « ceux qui voient la réalité », et là, tu te demande ce que tu fais au milieu de cette bagarre et tu regrettes la lutte des classes qui était autrement virulente et sectorisante.
Heureusement, ces dernières années, j'ai cultivé mon don pour la naïveté, et j'ai développé celui de la pirouette, étant entendu que je suis profondément pacifiste en certaines occasions...
Les excursions en autocar sont difficiles au-delà de certaines opinions.


Laurent Geny



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