Valentine
et Valentin se retrouvèrent à 20h00 au « Mondoudou »,
un restaurant du centre-ville qu'ils fréquentaient chaque 14 février
de l'année que l'année faisait. Cette fois-ci ça tombait un
vendredi ce qui les arrangeait, le lendemain étant jour de repos. Le
restaurant était un peu cher pensait Valentin, qui devenait très
économe en prenant de l'âge !
Valentine
était arrivée en retard au rendez-vous car, après le travail, elle
avait achetée de la lingerie, était rentrée à la maison pour
prendre une douche, mettre le nouvel ensemble en dentelle bleu ciel
et passer un porte-jarretelles avec des bas gris clair. Valentin
aimait bien faire l'amour le soir du 14 février. Elle avait enfilé
une robe serrée gris anthracite sur le tout, se demandant si elle
pourrait encore la passer l'année prochaine.
A
savoir,
Foie
gras avec sirop acidulé de framboise et pain brioché,
Salade
de Mesclun aux Saint-Jacques,
Saumon
grillé à l'unilatéral,
Macaron
aux pétales de rose et letchis (en forme de cœur),
Coupe
de champagne et Saint-Amour (c'est du vin).
Valentin
ne but qu'un verre, l'alcool ne lui réussissait pas lorsqu'il devait
remplir son devoir conjugal. Valentine but deux coupes et trois
verres de vin.
Se
souvenant des plages de silence de l'année précédente, Valentin
avait cherché sur le web des informations sur l'origine de la
Saint-Valentin afin de combler les vides et de faire étalage de sa
culture. Ainsi, il dévoila à Valentine ce qu'il savait de la
provenance de cette fête. Il aimait bien montrer son savoir, ça le
gonflait d'orgueil. Nous ne dirons rien sur ce
qu'en pensait son entourage.
« Tu
sais, l'origine nous vient de Rome. Dans l'Antiquité, du 13 au 15
février on fêtait les Lupercales ! Et là, tu me dis c'est
quoi les Lupercales ?!
-
Dis-moi, Valentin, c'est quoi les Lupercales ?
-
Tu vois Valentine, des prêtres sacrifiaient un bouc dans une grotte
au pied du Mont Palatin, puis ils passaient le couteau ensanglanté
sur le front de deux hommes habillés de peaux de bouc. Le sang était
alors essuyé avec du lait. A ce moment-là,...
-
Tu me ressers du vin ?
-
Ça ne t'intéresse pas ce que je te raconte ?
-
Si, si...
-
Donc, au moment où on leur essuie le front, ils doivent éclater de
rire, puis ils doivent courir dans les rues de Rome. Avec des
lanières découpées dans la peau du bouc sacrifié, ils fouettent
les femmes afin de les rendre fécondes...
-
T'as des fantasmes ?
-
Mais non, les femmes qui souhaitaient avoir un enfant se plaçaient
sur leur passage pour avoir une grossesse heureuse et sans douleur.
-
Ça donne envie...
-
Évidemment, les célébrations finissaient par un banquet. Les
jeunes tiraient au sort une fille pour la soirée...
-
Le terme tirer ne me semble pas très heureux !
-
Oui, bon, les jeunes hommes avaient une compagne pour la soirée et,
quelques fois, l'histoire durait et ça finissait par un
mariage !... »
Son
récit ayant rencontré peu d'enthousiasme et le dessert étant
pratiquement avalé, Valentin demanda l'addition et alla payer au
comptoir.
D'habitude ,
il restait attablé dans l'attente du compte, mais là, on était le
14 février, il fallait se montrer courtois et ne pas partager
l'addition.
Ils
rentrèrent chez eux et firent l'amour comme prévu. Valentin fut
mécanique et Valentine s'ennuya un peu. Il ne vit pas les dessous
neufs, elle s'était déshabillée toute seule.
Ils
s'endormirent.
Le
samedi matin, Valentine se dit qu'elle ne souhaitait ni être
fouettée ou ni être tirée au sort. Elle partit acheter des
cigarettes. Elle ne savait pas si elle allait se mettre à fumer ou
pas.
Valentin
se réveilla tard, très tard. Seul.
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