La semaine dernière
j'accompagne ma fille à la patinoire. Pour la deuxième fois, elle
chausse les patins. Debout, je rive mes coudes sur le rebord de la
balustrade qui cerne la piste, joins mes mains pour en faire une
estrade sur laquelle je repose ma tête. Une fois la tête bien
calée, j'observe ma fille.
Elle est volontaire ma
fille. Elle a un objectif et ne s'en détourne pas.
Elle essaie de se mouvoir
sur les lames d'acier, mains agrippées au balustre.
Par moments, elle tente un rapprochement vers le centre de la piste, au milieu des rois de la glisse. C'est laborieux mais elle progresse rapidement.
Par moments, elle tente un rapprochement vers le centre de la piste, au milieu des rois de la glisse. C'est laborieux mais elle progresse rapidement.
Et je
ne peux m'empêcher de les voir. Les glisseurs qui font leur
démonstration au milieu de ceux qui essaient de ne pas se retrouver
brutalement fesses contre glace. Ils virevoltent, prennent de la
vitesse, font des figures, s'arrêtent pour discuter avec les copains
et les copines puis reprennent leurs élans sous le nez de ma fille.
La glace gicle. Ils
doublent, frôlent, esquivent.
Ma
fille jette un œil dans ma direction afin que je constate ses petits
progrès. Elle poursuit inlassablement ses efforts pour arriver à un
résultat.
Malgré
l'engourdissement dû au froid, les souvenirs se frayent un chemin
dans mon corps pour remonter jusqu' au cerveau. Le ski, la guitare,
le chant, le cheval, le football, … .
Les souvenirs de mes premières et dernières expériences.
Les souvenirs de mes premières et dernières expériences.
Tout
ce que j'ai abandonné avant même d'avoir vraiment essayé.
Parce
que la neige ne volait pas à mon passage.
Parce
que le Do devenait un dzouing sous mes doigts.
Parce
que ma voix était une crécelle.
Parce
que le ballon faisait son possible pour éviter mes pieds.
Parce
que l'idée du regard malveillant des « z autres »
m'insupportait, je ne persistais jamais au-delà de deux séances.
Persuadé
d'être la cible des quolibets et des moqueries, je suis passé à
côté de découvertes, d'apprentissages et de nouveaux horizons.
Le
supposé regard des « éclairés » ne me satisfaisait
pas.
Et
là,voyant ma fille sur la glace, je me rends à l'évidence ;
le regard des autres n'est ni moqueur, ni jugeant, ni malveillant, il
n'y en a pas.
Ceux qui auraient pu avoir le regard moqueur sont bien plus occupés à attirer l'attention.
Ceux qui auraient pu avoir le regard moqueur sont bien plus occupés à attirer l'attention.
Narcisse
a tué en moi le futur grand champion soufflant la neige, le musicien
ténébreux et virtuose, le cavalier du far-west, le jongleur... oh,
zut, ça recommence !
Laurent Geny
Laurent Geny
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire