J'aime bien les touches de
luxe dans mon quotidien et les nuances de confort ne m'effraient pas.
Attention ! J'ai
aussi du plaisir à coucher dans un gîte ou sous la tente (la
caravane un peu moins).
A déambuler dans les
quartiers malfamés des grandes villes, à manger un kebab.
J’aime le kitsch, le
populaire, manger les merguez et les frites avec les doigts, parler à
des gens pauvres en esprit (je le suis pour d'autres : pauvre
d'esprit !).
J'aime m'occuper d'un
jardin et boire du vin de table espagnol dans des endroits miteux de
la frontière.
Ceci pour vous conter mon
désarroi d' il y a quinze jours.
C'est donc à trois heures
de route de notre maison que ma conscience a sursauté, me signifiant
mon goût résolu pour une forme de luxe.
Nous avions profité d'une
promotion sur un hôtel quatre étoiles situé à trois heures de
chez nous.
C'était l'occasion de
passer un week-end dépaysant.
7h45 (à peu près, je ne
porte plus de montre depuis des années et je demande l'heure à mon
épouse c qui est bien plus confortable) nous nous sommes rendus à
la salle du petit déjeuner.
Le buffet était donc
conséquent : viennoiseries et pâtisseries en quantité,
charcuteries, laitages à boire et à manger, jus de fruits divers...
Mon épouse avait les yeux
brillants
(elle est gourmande mon épouse) et je dois dire qu'elle
s'est régalée.
Mais moi, j'ai fait ma
mauvaise tête. Après plusieurs tours du buffet, je n'ai pas trouvé
ce que je cherchais.
MON plaisir, MON luxe, au
petit déjeuner, surtout quand celui-ci scintille de quatre étoiles
dorées, est de boire un bon café bien noir. Bon, là je m'étais
préparé à être déçu. En effet, le bon café, celui qui vous
remue juste assez l'intérieur pour que le réveil soit un plaisir
est rare dans les cafés et les hôtels.
Mais par-dessus tout, ce
qui me fait envie, le matin au petit-déjeuner, principalement dans
un lieu censé représenté l'art de vivre à la française, c'est
boire une orange pressée.
Pas compliqué, pas
extraordinaire ; une ou deux oranges et un presse-agrumes.
Un vrai fruit pressé
plutôt que cette cascade de fruits sans saisons, que ce jambon
polyphosphaté livré par un distributeur, que ce fromage déballé
de son cellophane, qu’un croissant nappé de chocolat qui vient
d’être décongelé, qu’un jus de fruit bourré de bêta-carotène,
de benzoate de sodium, de sorbate de potassium et d'E110.
J'étais même prêt à
presser moi-même l'agrume.
La profusion ne
m'impressionne pas et elle n'est pas synonyme de qualité.
Moi, ce qui m'aurait fait
plaisir c'est un jus d'orange, mais pressé.
D'aucuns diront que je
suis snob !
Laurent Geny
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